Le Vieux a quitté la tribu pour monter dans la cité des dieux.
→ Passer votre souris sur certains mots pour en avoir la définition.

Enfin, la ville des dieux fut en vue. à deux mille mètres, la digue du port présentait un aspect . Elle avançait en promontoire au-dessus du vide. Derrière elle, on distinguait un entassement de ruines relativement épargnées par les éboulements.
Le Vieux se hissa jusqu’au port, escalada les menant à la digue et courut vers la ville morte. Ses semelles claquaient sur le ciment . Les pans de ses lourds vêtements volaient à la glaciale sifflant dans les ruines une chanson désespérée.
Le Vieux se précipita vers une grande bâtisse sans fenêtres et sans toit. On pouvait distinguer sur la façade une vieille inscription à demi rongée par les siècles. Des signes bizarres, seulement compréhensibles aux dieux :
CUBAN RUM
Le Vieux s’engouffra sous la voute, se rua sur des entassements d’objets bizarres, cylindriques, avec une extrémité effilée, d’un incroyable, de teinte brune. Le Vieux brisa avec une pierre la pointe d’un de ces objets, s’assit sur le sol et, la tête renversée vers le ciel, fit couler dans sa gorge un liquide doré, à la saveur brûlante. Sa pomme d’Adam remua deux ou trois fois, à chaque , puis il s’étrangla, toussa, le visage de rhum.
Quand il reprit son souffle, il poussa un profond soupir, les yeux noyés de jouissance, la bave aux lèvres. Puis il bruyamment et but encore quelques gorgées. Enfin, il se mit debout et dansa d’une façon pénible, en tournant sur lui-même. Il lâcha la bouteille qui se brisa sur le sol. Il resta un instant à la considérer fixement, puis éclata de rire et en prit une autre.
— Je suis un dieu ! cria-t-il aux échos de la montagne.
Il sortit en titubant de l’entrepôt, erra par les rues encombrées de débris. Il avisa une vieille affiche de plastique représentant le visage d’un homme , à la chevelure lisse comme un casque, aux dents éblouissantes. Pour s’en approcher, il contourna un tas de pierres.
Par un phénomène de successives voulu par les hommes disparus depuis des siècles, les lèvres de l’homme imberbe s’agitèrent, prononçant un mot silencieux et sans signification présente :
— Je suis un dieu ! affirma le Vieux à l’affiche.
La moitié inférieure du rectangle de plastique, décollée, s’agita un peu dans le vent. Le Vieux regarda cela d’un œil trouble.
— Oui, dit-il. Tu as dit oui !
La vieille affiche usée se souleva encore un peu, agitant des signes magiques présentant cet aspect insolite :
EASY SHAVE
RASOIR À ULTRA SONS
— Je suis un dieu, comme toi. Comme vous, dit encore le Vieux en virant sur lui-même pour quêter l’approbation d’autres grandes images plus ou moins qui tapissaient les murs.
Son mouvement le fit glisser à genoux. La bouteille roula à quelques mètres, se brisa. Il rampa vers elle, but la liqueur qui coulait à gros hoquets par l’ouverture brisée. Puis il s’endormit sur le sol, la tête couchée dans la neige de rhum et de débris de verre.
Dans la rue déserte, les dieux plats, collés aux murs, gardaient leur sourire indifférent et tragique. Le vent se déchirait aux angles coupants des ruines, miaulait par les fenêtres défoncées, déséquilibrait de temps à autre une motte de neige qui s’écrasait auprès du Vieux avec un bruit mat.
Animés par les courants d’air, les dieux se parlaient d’un mur à l’autre, entrecroisant au-dessus du sommeil de l’ivrogne les muettes paroles de leur langue mystérieuse :
EASY SHAVE— COCA-COLA— …
Niourk, chapitre 3, Stefan Wul, 1957.
Questions :
1) Le cadre spatial de l’extrait
1) Dans quels lieux le vieux se rend-il ?
3) Quel devait être le degré de civilisation des hommes qui habitaient cette cité ? Justifiez votre réponse.
2) Le vieux
4) Qu’est venu chercher le vieux dans la cité des dieux ?
5) Quelle image a-t-on de lui au travers de cet extrait ? Justifiez votre réponse.
6) Ligne 16 : « des entassements d’objets bizarres, cylindriques, avec une extrémité effilée, d’un poli incroyable, de teinte brune. » De quoi s’agit-il en réalité ? Pourquoi le narrateur n’a-t-il pas directement nommé l’objet ?
3) L’héritage d’une civilisation
7) Sachant que la ville est normalement un lieu de civilisation et de culture, trouvez-vous que ce qu’elle transmet au survivant est très positif ? Expliquez.
8) Selon vous, qu’est-ce qu’il serait très important de laisser aux futures générations ?