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Knock est le nouveau médecin d’un village de montagne. Une paysanne le consulte. Knock vient de lui expliquer qu’elle a dû tomber petite d’une grande échelle.
LA DAME. – Ah ! mon Dieu ! Et pourquoi ça?
KNOCK. – Parce qu’on ne guérit pas en cinq minutes un mal qu’on traîne depuis quarante ans.
LA DAME. – Depuis quarante ans ?
KNOCK. – Oui, depuis que vous êtes tombée de votre échelle.
LA DAME. – Et combien que ça me coûterait ?
KNOCK. – Qu’est-ce que valent les veaux, actuellement ?
LA DAME. – Ça dépend des marchés et de la grosseur. Mais on ne peut guère en avoir de propres à moins de quatre ou cinq cents francs.
KNOCK. – Et les cochons gras ?
LA DAME. – Il y en a qui font plus de mille.
KNOCK. – Eh bien ! ça vous coûtera à peu près deux cochons et deux veaux.
LA DAME. – Ah ! là ! là ! Près de trois mille francs ? C’est une désolation, Jésus Marie !
KNOCK. – Si vous aimez mieux faire un pèlerinage, je ne vous en empêche pas.
LA DAME. – Oh ! un pèlerinage, ça revient cher aussi et ça ne réussit pas souvent. (Un silence.) Mais qu’est-ce que je peux donc avoir de si terrible que ça ?
KNOCK (avec une grande courtoisie) Je vais vous l’expliquer en une minute au tableau noir. (Il va au tableau et commence un croquis.) Voici votre moelle épinière, en coupe, très schématiquement, n’est-ce pas ? Vous reconnaissez ici votre faisceau de Turck et ici votre colonne de Clarke. Vous me suivez ? Eh bien ! quand vous êtes tombée de l’échelle, votre Turck et votre Clarke ont glissé en sens inverse (il trace des flèches de direction) de quelques dixièmes de millimètre. Vous me direz que c’est très peu. Évidemment. Mais c’est très mal placé. Et puis vous avez ici un tiraillement continu qui s’exerce sur les multipolaires.
(Il s’essuie les doigts.)
LA DAME. – Mon Dieu ! Mon Dieu !
KNOCK. – Remarquez que vous ne mourrez pas du jour au lendemain. Vous pouvez attendre.
LA DAME. – Et en faisant ça plus… grossièrement, vous ne pourriez pas me guérir à moins cher ?… à condition que ce soit bien fait tout de même.
KNOCK. – Ce que je puis vous proposer, c’est de vous mettre en observation. Ça ne vous coûtera presque rien. Au bout de quelques jours vous vous rendrez compte par vous-même de la tournure que prendra le mal, et vous vous déciderez.
LA DAME. – Oui, c’est ça.
KNOCK. – Bien. Vous allez rentrer chez vous. Vous êtes venue en voiture ?
LA DAME. – Non, à pied.
KNOCK (tandis qu’il rédige l’ordonnance, assis à sa table.)
Il faudra tâcher de trouver une voiture. Vous vous coucherez en arrivant. Une chambre où vous serez seule, autant que possible. Faites fermer les volets et les rideaux pour que la lumière ne vous gêne pas. Défendez qu’on vous parle. Aucune alimentation solide pendant une semaine. Un verre d’eau de Vichy toutes les deux heures, et, à la rigueur, une moitié de biscuit, matin et soir, trempée dans un doigt de lait. Mais j’aimerais autant que vous vous passiez de biscuit. Vous ne direz pas que je vous ordonne des remèdes coûteux ! A la fin de la semaine, nous verrons comment vous vous sentez.
Jules Romain, Knock, 1923, Acte II, scène 4.
Indiquez votre nom :
5. Que pensez-vous de l’ordonnance proposée par Knock à la fin du passage ? A votre avis, quel sera l’état de la patiente sur le plan physique et psychologique au bout d’une semaine et que fera-t-elle ? (4 points)
6. Knock est-il un médecin en qui l’on puisse avoir confiance ? Justifiez votre réponse. (3 points)
7. Comment Knock apparait-il sur la couverture du livre ? Que vous inspire-t-il ? Trouvez-vous qu’il correspond bien au personnage du texte ? Justifiez votre réponse. (6 points)

Grammaire et compétences linguistiques
8. « Et combien que ça me coûterait ? » (ligne 7) ; « ça vous coûtera à peu près… » (ligne 23). Indiquez le temps de chaque verbe, puis justifiez l’emploi de ce temps dans chaque extrait. (4 points)
9. « schématiquement » (ligne 20). Quelle est la classe grammaticale de ce mot ? Expliquez la façon dont il est construit. (4 points)
10. Quel est le type de phrase principalement utilisé dans la dernière réplique de Knock ? Déterminez les trois moyens employés pour exprimer ce type de phrase. (4 points)
11. «Vous vous coucherez en arrivant. Une chambre où vous serez seule, autant que possible. Faites fermer les volets et les rideaux pour que la lumière ne vous gêne pas. Défendez qu’on vous parle. Mais j’aimerais autant que vous vous passiez de biscuit. A la fin de la semaine, nous verrons comment vous vous sentez. » (ligne 39).
Réécrivez le passage qui précède en utilisant le tutoiement et en considérant que le patient est un homme. (8 points)