Lundi 26 avril
Temps d’activité : 1 heure

Bonjour à tous, nous nous retrouvons après deux semaines de vacances pour cette rentrée particulière en distanciel. Avant les vacances, nous avons commencé une séquence sur la pièce de Camus intitulée Les Justes. Nous avons travaillé sur l’exposition (le contexte historique, le cadre et les personnages) puis nous avons résumé l’Acte I. Aujourd’hui, nous allons travailler sur la fin de l’Acte I.
→ Nous sommes dans la partie séquence. Notez le titre suivant, lisez en écoutant le texte (Fin de l’Acte I qui vous a été distribuée), puis répondez aux questions au crayon de papier dans la leçon.
1) La fin de l’Acte I
Stepan et Kaliayev se sont confrontés, l’un n’acceptant pas la différence de l’autre.
| DORA
Qu’y a-t-il ? KALIAYEV Nous nous sommes heurtés, déjà. Il ne m’aime pas. Dora va s’asseoir, en silence. Un temps. DORA Je crois qu’il n’aime personne. Quand tout sera fini, il sera plus heureux. Ne sois pas triste. KALIAYEV Je suis triste. J’ai besoin d’être aimé de vous tous. J’ai tout quitté pour l’Organisation. Comment supporter que mes frères se détournent de moi ? Quelquefois, j’ai l’impression qu’ils ne me comprennent pas. Est-ce ma faute ? Je suis maladroit, je le sais… DORA Ils t’aiment et te comprennent. Stepan est différent. KALIAYEV Non. Je sais ce qu’il pense. Schweitzer le disait déjà : « Trop extraordinaire pour être révolutionnaire. » Je voudrais leur expliquer que je ne suis pas extraordinaire. Ils me trouvent un peu fou, trop spontané. Pourtant, je crois comme eux à l’idée. Comme eux, je veux me sacrifier. Moi aussi, je puis être adroit, taciturne, dissimulé, efficace. Seulement, la vie continue de me paraître merveilleuse. J’aime la beauté, le bonheur ! C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer ? La révolution, bien sûr ! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie, tu comprends ? DORA, avec élan. Oui… (Plus bas, après un silence.) Et pourtant, nous allons donner la mort. KALIAYEV Qui, nous ?… Ah, tu veux dire… Ce n’est pas la même chose. Oh non ! ce n’est pas la même chose. Et puis, nous tuons pour bâtir un monde où plus jamais personne ne tuera ! Nous acceptons d’être criminels pour que la terre se couvre enfin d’innocents. DORA Et si cela n’était pas ? KALIAYEV Tais-toi, tu sais bien que c’est impossible. Stepan aurait raison alors. Et il faudrait cracher à la figure de la beauté. DORA Je suis plus vieille que toi dans l’Organisation. Je sais que rien n’est simple. Mais tu as la foi… Nous avons tous besoin de foi. KALIAYEV La foi ? Non. Un seul l’avait. DORA Tu as la force de l’âme. Et tu écarteras tout pour aller jusqu’au bout. Pourquoi as-tu demandé à lancer la première bombe ? KALIAYEV Peut-on parler de l’action terroriste sans y prendre part ? DORA Non. KALIAYEV Il faut être au premier rang. DORA, qui semble réfléchir. Oui. Il y a le premier rang et il y a le dernier moment. Nous devons y penser. Là est le courage, l’exaltation dont nous avons besoin… dont tu as besoin. […] KALIAYEV Tu te méfies de moi ? DORA Oh non, mon chéri, je me méfie de moi. Depuis la mort de Schweitzer, j’ai parfois de singulières idées. Et puis, ce n’est pas à moi de te dire ce qui sera difficile. KALIAYEV J’aime ce qui est difficile. Si tu m’estimes, parle. DORA, le regardant. Je sais. Tu es courageux. C’est cela qui m’inquiète. Tu ris, tu t’exaltes, tu marches au sacrifice, plein de ferveur. Mais dans quelques heures, il faudra sortir de ce rêve, et agir. Peut-être vaut-il mieux en parler à l’avance… pour éviter une surprise, une défaillance… KALIAYEV Je n’aurai pas de défaillance. Dis ce que tu penses. DORA Eh bien, l’attentat, l’échafaud, mourir deux fois, c’est le plus facile. Ton cœur y suffira. Mais le premier rang… (Elle se tait, le regarde et semble hésiter.) Au premier rang, tu vas le voir… KALIAYEV Qui ? DORA Le grand-duc. KALIAYEV Une seconde, à peine. DORA Une seconde où tu le regarderas ! Oh ! Yanek, il faut que tu saches, il faut que tu sois prévenu ! Un homme est un homme. Le grand-duc a peut-être des yeux compatissants. Tu le verras se gratter l’oreille ou sourire joyeusement. Qui sait, il portera peut-être une petite coupure de rasoir. Et s’il te regarde à ce moment-là… KALIAYEV Ce n’est pas lui que je tue. Je tue le despotisme. DORA Bien sur, bien sûr. Il faut tuer le despotisme. Je préparerai la bombe et en scellant le tube, tu sais, au moment le plus difficile, quand les nerfs se tendent, j’aurai cependant un étrange bonheur dans le cœur. Mais je ne connais pas le grand-duc et ce serait moins facile si, pendant ce temps, il était assis devant moi. Toi, tu vas le voir de près. De très près… KALIAYEV, avec violence. Je ne le verrai pas. DORA Pourquoi ? Fermeras-tu les yeux ? KALIAYEV Non. Mais Dieu aidant, la haine me viendra au bon moment, et m’aveuglera. On sonne. Un seul coup. Ils s’immobilisent. Entrent Stepan et Voinov. Voix dans l’antichambre. Entre Annenkov. ANNENKOV C’est le portier. Le grand-duc ira au théâtre demain. (Il les regarde.) Il faut que tout soit prêt, Dora. DORA, d’une voix sourde. Oui. (Elle sort lentement.) KALIAYEV, la regarde sortir et d’une voix douce, se tournant vers Stepan. Je le tuerai. Avec joie !
Rideau |
→ Du début jusqu’à « Et il faudrait cracher à la figure de la beauté. »
1) Selon Yanek, pourquoi les autres membres de l’organisation ont-ils du mal à l’accepter ?
2) En quoi cela le gêne ? Justifiez votre réponse grâce au texte.
3) Qu’est-ce qui motive Le personnage pour s’engager dans la révolution ? Justifiez.
4) Quel paradoxe Dora met-elle en avant ?
→ De « Il faut être au premier rang » jusqu’à la fin.
5) De quoi Dora cherche-t-elle à prévenir Kaliayev ? Relevez les passages qui expriment le mieux son inquiétude.
6) Pourquoi Kaliayev n’est-il pas conscient du danger ? Justifiez votre réponse.