Le vieux est mort de froid, l’enfant noir l’a trouvé, a mangé son cerveau pour avoir son pouvoir et a pris son chapelet de vertèbres. Dans la cité, il trouve un fusil laser. Thôz est venu attendre le vieux qui ne reviendra pas. Un incendie se déclare : la tribu est obligée de partir et le chef la rejoint in-extremis. Ils montent vers le nord où ils vont devoir combattre une étrange créature. L’enfant noir, accompagné d’un ours qui est devenu son ami, sauve le groupe grâce à son arme redoutable.

De nouvelles espèces
Un énorme serpent de métal descendait des hauteurs d’Usa et, rectiligne, traversait des milliers de kilomètres de jungles malsaines ou de déserts salés pour aller se perdre dans le grand lac des monstres.
Ce tube avait cinq mètres de section. Par endroits, il disparaissait entièrement sous les sables. Plus loin, il unissait, comme un pont, le faîte échancré de deux collines.
Aux temps éloignés où l’océan couvrait la plus grande partie de la terre, où seuls émergeaient les massifs élevés d’Usa, de Cuba, de Haït, d’Eurafrique, ce tube avait été construit par les hommes. Ce n’était qu’un extraordinaire vide-ordures. Des déchets dangereusement radioactifs étaient englobés dans des sphères de béton plombé qui, chassées par pression, roulaient dans le tube jusqu’à des fonds marins de six mille mètres au milieu des monstres des grandes profondeurs, là où régnait une nuit froide striée de poissons luminescents.
Depuis des millénaires, les sphères s’accumulaient au fond de la mer, et se recouvraient peu à peu de concrétions calcaires.
Lentement, très lentement, après des générations, des changements singuliers se produisirent dans l’aspect du paysage sous-marin environnant. Les boules de béton devinrent lumineuses, et la nuit des abîmes cessa d’exister.
Des algues inconnues, à la forme étrange, firent leur apparition. Des espèces animales disparurent définitivement, soit tuées par les radiations, soit rendues progressivement stériles. D’autres naquirent.
Ceux qui profitèrent le plus de cette nouvelle ambiance furent les grands poulpes noirs aux yeux jaunes. Leurs œufs lumineux donnèrent naissance à une progéniture mutante, d’une taille supérieure, d’une intelligence moins grossière. Des cartilages se formèrent dans leurs tentacules, puis des os nombreux donnant à leurs membres une raideur et une solidité nouvelles sans pour cela leur enlever de leur ancienne souplesse.
Plus tard, les poulpes apprirent à se grouper, à se comprendre. Ils purent communiquer entre eux par des gestes compliqués exprimant plus de nuances encore que le langage sonore des hommes.
Ils montèrent de plus en plus souvent à la surface, d’abord par simple curiosité animale et goût d’exploration, ensuite par besoin, la race étant devenue amphibie.
Quand la terre s’assécha, il en mourut un grand nombre. Mais les rescapés s’adaptèrent à la salinité accrue du grand lac, reliquat de l’ancien Atlantique. Ils purent sortir de l’eau et galoper sur les plages, avec leurs membres flexibles, à l’extrémité cornée en griffes presque solides. Ils rampaient derrière les buissons, se rendaient presque invisibles en changeant la couleur de leur peau suivant la nature du terrain. Se groupant pour traquer le gibier mammifère, ils couraient sur lui, l’étouffant de leurs bras puissants, le déchirant de leurs becs rapaces.
Toutefois, deux besoins physiologiques freinaient leur ascension dans l’échelle des êtres. Le besoin de chaleur et le besoin d’eau. Ils ne pouvaient guère subsister au-delà d’un froid de zéro degré, et devaient hiberner dans les profondeurs quand gelait la surface du grand lac. Ils souffraient plus que les hommes d’une absence d’humidité, et ne pouvaient se passer sans périr d’un bain tous les trois ou quatre jours.
Niourk, seconde partie, chapitre 1 et 2, Stefan Wul, 1957.