Le héros dans l’Antiquité
Texte 1 : Achille se prépare au combat

De même que les neiges épaisses volent dans l’air, de même, hors des nefs (1), se répandaient les casques solides et resplendissants des Grecs, et les boucliers bombés, et les cuirasses épaisses, et les lances de frêne (2). Et la splendeur en montait dans l’Ouranos (3), et toute la terre, au loin, riait de l’éclat du fer et retentissait du trépignement des pieds des guerriers. Et, au milieu d’eux, s’armait le divin Achille ; et ses dents grinçaient, et ses yeux flambaient comme le feu, et une affreuse douleur emplissait son cœur ; et, furieux contre les Troyens, il se couvrit des armes que le dieu Héphaïstos (4) lui avait faites. Et, d’abord, il attacha autour de ses jambes, par des agrafes d’argent, les belles jambières. Puis il couvrit sa poitrine de la cuirasse. Il suspendit l’épée d’airain aux clous d’argent à ses épaules, et il saisit le bouclier immense et solide d’où sortait une longue clarté, comme de Séléné (5). De même que la splendeur d’un ardent incendie apparaît de loin, sur la mer, aux matelots, l’éclat du beau et solide bouclier d’Achille montait dans l’air. Et il mit sur sa tête le casque lourd. Et le casque à crinière luisait comme un astre, et les crins d’or que Héphaïstos avait posés autour se mouvaient par masses. Et le divin Achille essaya ses armes, présents illustres, afin de voir si elles convenaient à ses membres. Et elles étaient comme des ailes qui enlevaient le prince des peuples. Et il retira de l’étui la lance paternelle, lourde, immense et solide, et que, seul, Achille savait manier.
Et le cheval aux pieds rapides, Xanthos, lui parla à travers sa bride ; et il inclina la tête, et toute sa crinière tombait jusqu’à terre. Et la déesse Héra aux bras blancs lui permit de parler : « Certes, nous te sauverons aujourd’hui, très brave Achille ; cependant, ton dernier jour approche. »
L’Iliade, d’après Homère, chant 19.
Vocabulaire :
(1) les nefs : les navires, les bateaux. (2) le frêne : sorte de bois. (3) l’Ouranos : mari de Gaïa, il représente le Ciel. (4) Héphaïstos : dieu du Feu et du Métal ; il forge les éclairs de Zeus. (5) Séléné : la déesse Lune.
Texte 2 : Camille, nouvelle Amazone
Énée a fui la guerre de Troie avec pour mission de fonder Rome, capitale d’un nouvel empire. Mais il doit d’abord vaincre les peuples qui tentent de le chasser d’Italie, dont les Volsques, menés par leur reine Camille.
Mais au milieu des massacres bondit une Amazone1, le flanc découvert
pour mieux combattre ; c’est Camille avec son carquois2. Tantôt son bras répand une pluie serrée de souples javelots, tantôt sa droite infatiguable brandit une forte hache à deux tranchants. Sur son épaule, sonnent l’arc d’or et les armes de Diane3. […]
Qui est la première victime de ton trait, vierge farouche, qui la dernière ? Combien de corps moribonds4 étends-tu sur le sol ? Il y a d’abord là devant elle, Eunée, le fils de Clytius, la poitrine découverte, qu’elle transperce d’une longue pique de bois. Vomissant des flots de sang, il tombe, mord la terre sanglante et en mourant se tord autour de sa blessure. […] Au loin paraît Ornytus, le chasseur, avec ses armes singulières et son cheval iapyge5 : une peau de jeune taureau couvre les larges épaules du guerrier ; la gueule béante et les mâchoires d’un loup aux crocs blancs protègent son énorme tête et un épieu grossier arme ses mains ; il va et vient parmi les escadrons qu’il domine de toute la tête. Sans peine, Camille le cueille, sa colonne venant de tourner bride6 ; elle le transperce et, pleine d’agressivité, ajoute : « Croyais-tu, Tyrrhénien, poursuivre des bêtes dans tes forêts ? Il est arrivé le jour où les armes d’une femme confondront votre jactance7. » […]
Fuyant Orsiloque qui l’a pourchassée dans un large cercle, elle, de l’intérieur du cercle l’esquive par une volte et de poursuivie, devient poursuivante. Dressée alors de toute sa taille, par deux fois de sa hache puissante elle frappe l’armure et les os de l’homme qui la prie et la supplie ; la cervelle s’échappe toute tiède de la blessure et lui inonde le visage.
VIRGILE, Énéide, chant XI, vers 648-654.
Vocabulaire :
1. Femme guerrière mythique du Moyen Orient. Les Amazones se coupaient le sein droit afin de mieux tirer à l’arc. 2. Étui qui sert à porter les flèches. 3. Déesse romaine de la chasse. 4. Mourants. 5. Du sud de l’Italie. 6. Son groupe venant de s’enfuir. 7. Anéantiront votre orgueil.
L’épopée
Document : Extrait du Seigneur des anneaux
L’armée du sorcier Sauron attaque Minas Tirith pour envahir le royaume des hommes.
Texte 3 : La chanson de Roland, récit du Moyen Âge

L’armée de Charlemagne revient d’Espagne et retourne en France après avoir combattu les sarrasins. Le roi Marsile a trompé Charlemagne en promettant de se convertir au christianisme. Roland, qui est resté à l’arrière garde avec ses soldats, voit l’armée des infidèles les rattraper mais il refuse de sonner du cor pour prévenir son roi.
La bataille est merveilleuse et générale. Le comte Roland ne se ménage pas. Il frappe de son épieu tant que dure la hampe : au quinzième coup il l’a brisée et rompue. Il tire Durendal, sa bonne épée, toute nue, pique son cheval, et va frapper Chernuble. Il lui brise le heaume où luisent les escarboucles, tranche la coiffe et la chevelure, tranche les yeux et le visage, et le blanc haubert dont la maille est menue, et tout le corps jusqu’à l’enfourchure. A travers la selle qui est incrustée d’or, l’épée atteint le cheval, tranche l’échine sans chercher de jointure et les abat morts, homme et cheval, dans le pré, sur l’herbe drue. Puis il dit : « Misérable, c’est pour votre malheur que vous êtes venu ! De Mahomet vous n’aurez aucune aide. Un tel glouton ne gagnera pas aujourd’hui la bataille ! »
Extraits de La chanson de Roland, XIème – XIIème siècle, anonyme.
Le héros des temps modernes
Texte 4 : Don Quichotte

Dans un village de la Manche vivait, il n’y a pas longtemps, un de ces gentilshommes qui ont une vieille lance, une rondache rouillée, un cheval maigre et un lévrier. […] Notre gentilhomme approchait de la cinquantaine ; il était vigoureux, robuste, sec de corps, maigre de visage, très matinal et grand chasseur. On prétend qu’il avait le surnom de Quixada ou Quesada, les auteurs varient sur ce point. Ce qui parait le plus vraisemblable c’est qu’il s’appelait Quixada. Peu importe, du reste, pourvu que nous soyons certains des faits.
Lorsque notre gentilhomme était oisif, c’est à dire pendant les trois quarts de la journée, il s’appliquait à la lecture des livres de chevalerie avec tant de goût et de plaisir, qu’il en oubliait la chasse et l’administration de son bien. Cette passion devint si forte qu’il vendit plusieurs morceaux de terre pour se former une bibliothèque de ces livres. La continuelle lecture de pareils ouvrages et le défaut de sommeil lui desséchèrent la cervelle. Il perdit le jugement. Sa pauvre tête n’était plus remplie que d’enchantement, de batailles, d’amour, de tourments et de toutes sortes de folies. Bientôt, il lui vint dans l’esprit l’idée la plus étrange que jamais on eut conçue : il s’imagina que rien ne serait plus beau, plus honorable pour lui et plus utile à sa patrie, que de ressusciter la chevalerie errante en allant lui-même à cheval, armé comme les paladins, cherchant les aventures, redressant les torts, réparant les injustices.
Miguel de Cervantes, El ingenioso hidalgo don Quixote de la Mancha, 1605.
Texte 4 : Le Colonel Chabert

Laissé pour mort lors d’une bataille à Eylau, le colonel Chabert a été déclaré comme décédé dans les actes militaires. De retour à Paris, celui-ci doit se rendre dans un cabinet d’avocat afin qu’on le rétablisse parmi les vivants car il lui faut retrouver ses droits.
Le vieux soldat était sec et maigre. Son front, volontairement caché sous les cheveux de sa perruque lisse, lui donnait quelque chose de mystérieux. Ses yeux paraissaient couverts d’une taie (1) transparente : vous eussiez dit de la nacre sale dont les reflets bleuâtres chatoyaient à la lueur des bougies. Le visage pâle, livide et en lame de couteau, s’il est permis d’emprunter cette expression vulgaire, semblait mort. Le cou était serré par une mauvaise cravate de soie noire. L’ombre cachait si bien le corps à partir de la ligne brune que décrivait ce haillon (2), qu’un homme d’imagination aurait pu prendre cette vieille tête pour quelque silhouette due au hasard, ou pour un portrait de Rembrandt, sans cadre. Les bords du chapeau qui couvrait le front du vieillard projetaient un sillon noir sur le haut du visage.
Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert, 1832.
Vocabulaire :
1) taie : tache qui couvre l’œil. 2) haillon : vêtement en loques.
Le héros du quotidien
Texte 5 : héroïne face à la barbarie

Malala Yousafzai
Malala Yousafzai ou Malala Yousufzai est une militante pakistanaise des droits des femmes, née le 12 juillet 1997 à Mingora, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, où les talibans locaux interdisaient aux filles de fréquenter l’école.
Elle a vécu à Mingora, principale ville du district de Swat, dans le Nord-Ouest du Pakistan, une zone proche de l’influence des talibans. Symbole de la lutte pour l’éducation des filles et contre les talibans, elle a reçu plusieurs distinctions pakistanaises et internationales à la suite de ses prises de position alors que sa région était l’objet d’une lutte entre les talibans pakistanais et l’armée. Durant son enfance, Malala a écrit un blog sous le pseudonyme « Gul Makai » pour la BBC, racontant son point de vue sur l’éducation et sa vie sous la domination des Talibans. Elle a également été interviewée par la presse.
Le 9 octobre 2012, elle est victime d’une tentative d’assassinat où elle est grièvement blessée, un attentat condamné par toute la classe politique du pays. Elle est transférée vers l’hôpital de Birmingham au Royaume-Uni le 15 octobre pour suivre un traitement plus poussé. Cette attaque conduit à une médiatisation internationale de Malala Yousafzai.
En 2014, âgée de 17 ans, elle obtient le Prix Nobel de la paix avec l’Indien Kailash Satyarthi, ce qui fait d’elle la plus jeune lauréate de l’histoire de ce prix.
Article WIKIPEDIA
Texte 6 : article de presse sur Malala
La jeune Pakistanaise, très engagée pour cette cause, a été prise pour cible par les talibans en octobre.
L’Unesco a rendu hommage lundi à la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai devenue «l’héroïne» de la lutte pour l’éducation des filles, lors d’une réunion au siège de l’organisation à Paris en présence du président pakistanais Asif Ali Zardari.
La création d’un fonds baptisé «Plan Malala» pour scolariser toutes les fillettes d’ici à 2015 a été annoncée à cette occasion par l’Unesco, auquel le Pakistan versera dix millions de dollars, a indiqué Asif Ali Zardari. «Une jeune fille déterminée de mon pays a été attaquée par les forces de l’obscurantisme», a déclaré le président pakistanais.
Malala, 15 ans, a été blessée par balles en octobre par un tueur envoyé par un groupe fondamentaliste pour la punir de son engagement en faveur de l’éducation des jeunes filles. Touchée à la tête, l’adolescente est actuellement soignée en Grande-Bretagne. L’ONU estime que 61 millions d’enfants ne sont pas scolarisés, dont les deux tiers sont des filles.
Malala «est devenue une icône des filles de son âge au Pakistan et dans le monde entier», a déclaré M. Alshamsi. «Malala est une héroïne. Le crime perpétré contre elle ne peut être justifié» par la religion, a renchéri Muhammad Al-Ahmadi Abu al Nour, représentant du grand imam d’Al-Azhar au Caire.
«Si nous ne devions retenir qu’une chose de l’histoire de Malala, ce serait que la prétendue relativité des Droits de l’Homme est une fable et une supercherie. Devant son histoire, qui ne ressent pas colère et révolte», a déclaré le Premier ministre français.
(AFP) Article dans LIBERATION, le 2 décembre 2012.
Les super-héros
Document 7 : couverture de Captain America
